Laurent, CRS mal-aimé

23 janvier 2020. Hier, j’ai rencontré un flic. Laurent, CRS en île-de-France, emmitouflé dans son bardas, 15 kg sur le dos, le cache-cou remonté jusqu’au nez et, malgré tout, frigorifié. Il sécurisait la petite manifestation anti-PMA, une récréation : « C’est bon enfant, contrairement à tout ce qu’on vit d’habitude ».

Laurent doit avoir une quarantaine d’années. Il vit en région parisienne et n’a pas connu un jour de repos depuis deux semaines. Les Gilets Jaunes, les grévistes, les blacks-blocs… C’est sa famille décomposée. Dans la conversation, alors que nous dansons sur nos deux pieds, il me confie deux choses : son regret de ne pas être considéré comme un vrai policier par la presse, et le traumatisme du Bataclan.

Car avant de se faire caillasser par quelques terreurs encapuchonnées, Laurent avait été l’un des premiers à entrer dans l’enfer du 13 novembre. Et même s’il lui a fallu « deux mois pour s’en remettre », le souvenir macabre d’hommes et de femmes percés de balles et égorgés par de vrais terroristes le ronge encore. A côté de ces péquenauds de manifestants et de journalistes qui le prennent pour un soldat de la Wehrmacht, avouez que ça calme.

« Nous sommes des hommes », dit-il, comme si cela nous paraissait improbable. Le coeur battant sous cette imposante carapace, ce soir, Laurent espère seulement rentrer chez lui un peu plus tôt que d’habitude. Personne ne l’attend, mais la nuit, le monstre redevient homme.

Maud Koffler

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