Il a cette allure vieille France un peu décatie, celle qu’on regarde à travers les vitrines d’un musée de province. En descendant de son taxi sous les klaxons des automobilistes impatients, rue Copernic, il achève une conversation téléphonique avec son épouse par un imprudent « je t’aime », traverse rapidement la chaussée puis, en tendant la main, s’exclame vaillamment : « Bonjour mademoiselle ! » Expression d’un autre temps, hélas. Mais n’en déplaise aux conformistes, la voilà, la raison de son succès.
Ce jour-là, Robert Ménard est Parisien – comprendre marathonien. Après avoir passé la soirée au Caveau de la Huchette « pour imaginer les futures soirées jazz de Béziers », le maire a d’abord visité le musée d’Orsay où est exposée « La mort de l’empereur Commode » de Fernand Pelez, prêtée par sa ville, avant de recevoir, entre deux interviews, le quatrième prix du label « villes et villages fleuris ». C’est donc en homme heureux, et fier, que Robert Ménard s’apprête à regagner l’Occitanie, tandis qu’un sondage Ifop l’annonce déjà vainqueur au premier tour des municipales avec 61% des intentions de vote.
« Au fond, c’est ça le secret d’un bon maire, c’est que les gens n’ont pas honte d’être ce qu’ils sont, ils n’ont pas honte de ce qu’ils pensent, ils sont fiers d’être ces sudistes peut-être un peu populistes, comme moi… » Populiste. Terme récurrent que bien des hommes s’attribuent prétentieusement à l’instar de « gaulliste », courant brassant désormais plus d’air que d’idées. Robert Ménard, lui, n’a pas besoin de se justifier. Ce qu’il dit, il le fait. Et c’est, selon lui, tout ce qu’on lui demande. En somme, on ne se revendique pas du peuple, on en est ou, à défaut, on en devient.
Maud PROTAT-KOFFLER
