T’écrire, enfin…

Entre, Johnny, dans cette éternité.

La France a communié à ton nom, à ta gloire, à ta musique, à ta gueule, à ton amour. Unanime dans la reconnaissance, soudée dans la tristesse, égale dans la douleur. La France, c’était toi. Du politicien assis dans l’église au citoyen parti de son village à 3h20. De ce sexagénaire en larmes à cet enfant qui ne comprend pas. De ce sosie qui rigole de tout à ce Parisien qui ne rigole de rien. De toi à nous.

Pourquoi t’avons-nous tant aimé ? Parce que tu as été le premier à nous donner de l’amour. Tu es entré dans nos vies simplement. Parce que tu avais du talent. Parce que tu avais ce regard porteur d’espérance. Parce que tu étais tendre et timide. Parce que tu étais généreux, humble, peu fier, toujours attentif, paternel…
Pardon, c’est vrai que tu détestes les compliments.

Tu répondais à une France qui a besoin d’espoir. Une France un peu oubliée. Une France qui croyait plus en toi qu’en son avenir. Certains continueront de t’idolatrer. « Jean-Philippe Smet est mort mais Johnny est vivant. » Il y avait et il y aura toujours quelque chose de divin en toi.

« La France n’a jamais vécu ça. La France a besoin de ça » disait un journaliste. Tu te rends compte ? Tu fascinais les intellectuels au même titre que les bikers. Tu étais le poète de la France populaire et l’ambassadeur du rock devant tous. Quand on t’écoute, on se sanctifie un peu finalement… Plus d’égo, plus d’orgueil, plus de « je », juste toi.

Alors ce samedi matin, un fan m’a demandé :« Qu’est-ce que tu ressens ? » Je lui ai répondu :« Le vide ». Tu sais, ce vertige. On tombe de haut, en même temps.
Quand le cortège est passé, je n’ai pas pleuré. J’ai écouté ceux qui t’avaient aimé plus que moi. Ils hurlaient. Ils te remerciaient. Ils étaient si reconnaissants. Un public fidèle. C’est dur.

On entendait les motos gronder derrière, sur l’air de « Allumer le feu » joué par tes musiciens. Il y avait la musique mais il n’y avait pas les paroles. Une forme de symbole qui nous a plombé un peu plus le moral. Alors on a pris conscience que tu n’étais plus là. Que tu n’étais plus qu’un corps. Ta voix s’est éteinte. Ton rire. Tes yeux. Plus rien.

« Johnny était un roc, un dieu. » Entendre ces mots de la bouche d’un journaliste, ça fait drôle. Ça fait du bien. Tu ne voulais pas qu’on te regarde comme un surhomme. C’est vrai que tu n’en étais pas un. Tu n’étais qu’un enfant abandonné qui avait un rêve. Tu as été au bout.
Tu nous as emmené avec toi. Jusqu’ici. Ici, c’est trop tôt.

Tiens, au fait. J’avais une enceinte avec moi ce matin. J’ai balancé un peu de ta musique. Lorsque j’ai arrêté, un policier s’est tourné vers moi et m’a dit : « C’est tout ? Vous ne voulez pas en remettre ? C’était bien ! »
Oui, c’était bien.

Johnny, tu étais l’homme d’une nation. Tu étais une figure de notre histoire. Tu nous as uni. Nous t’avons aimé. Ce matin, c’était mon premier concert. C’était la première fois que je te voyais. Dans une boîte blanche, ça fait chier quand même.

3 jours avant de nous quitter, tu disais, en larmes : « J’ai peur, je ne veux pas mourir. » J’aurais voulu te rassurer, comme Laetitia l’a fait. J’aurais voulu te serrer fort dans mes bras et te dire que toi, tu n’y passerais pas. Tu étais immortel, Johnny. Tu es maintenant éternel.

Tu disais aussi, il y a quelques années : »
Mourir, c’est continuer là-haut. » Alors continue. Vas-y, redémarre ta bécane, monte le son, fais péter ta voix, déclenche-moi un tonnerre d’applaudissements, on veut t’entendre d’en bas. Ne nous oublie pas, Johnny.

T’as voulu l’obscurité, on t’a donné la lumière.

Et puisque tu as tant inspiré tes fans en amour de vivre, je te laisse avec les mots de cet inconnu en larmes : « Vivez longtemps, vivez bien. »

Fuck the cancer.

Je t’aime.

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Maud PROTAT-KOFFLER

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